Une présentation de leur ouvrage par François Godicheau, Pierre Salmon et Mercedes Yusta, dans Le Grand Continent, 22 mars 2026.
La guerre d’Espagne (1936-1939) a fait l’objet de nombreuses instrumentalisations et distorsions. Dans un nouvel ouvrage (La guerre d’Espagne (1936-1939). La démocratie assassinée, Paris, Tallandier, 2026), François Godicheau, Mercedes Yusta et Pierre Salmon renouvellent notre approche du conflit, qu’il est nécessaire de replacer dans le temps long et dans son contexte européen .
Loin de constituer un isolat de l’histoire contemporaine, le conflit espagnol s’inscrit dans le temps long des tensions politiques et géopolitiques du premier XXe siècle.
La guerre d’Espagne est devenue un des moments iconiques du XXe siècle. Ses images, du bombardement de Guernica aux miliciens figés par Capa, font partie de l’imaginaire collectif des Européens, et même au-delà.
Aujourd’hui, ces représentations du conflit sont parfois réduites à des images d’Épinal, presque exotiques : se souvenir de l’Espagne, c’est évoquer les rues bombardées de Madrid, scander « No Pasarán », observer avec fascination des miliciennes en armes, dénoncer la « non-intervention » franco-britannique, penser aux militaires franquistes défilant dans les rues de Barcelone ou, bien sûr, à l’exode de presque 500 000 civils en France, aussi connu sous le nom de la Retirada. La vision traditionnelle de la guerre d’Espagne, déclenchée à l’été 1936 par un coup d’État militaire contre la République espagnole et le gouvernement du Frente Popular, est toujours celle de l’affrontement entre deux Espagnes : l’Espagne républicaine et l’Espagne de Franco, le général en chef des rebelles, victorieux en 1939.
Ne pas voir au-delà de ces images c’est oublier ce que cette guerre a signifié aux yeux de ses contemporains : un conflit civil, certes, mais surtout un conflit politique, social, un conflit inscrit dans un cadre européen, voire mondial, qui annonçait des catastrophes à venir.
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L’histoire des violences est une bataille politique
La guerre d’Espagne fournit un exemple de la manière dont une République sociale peut être attaquée, sinon anéantie. Ce conflit, qui débouche sur une dictature de 40 ans, est le résultat d’un processus de fascisation et d’une ferme volonté d’une partie des élites d’en finir avec la démocratie.
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